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La dignité naît de la résilience




« ça n’est pas digne de nous »

Je lui ai dit ça presque malgré moi, ça s’est échappé de ma gorge. C’est sorti avant qu’il ne soit trop tard, avant de tomber dans quelque chose qui m’aurait trop endommagée.


« Ca n’est pas digne de toi, ça n’est pas digne de moi, ça n’est pas digne de nous ».


Je l’ai dit pour dire « attention, faut se réveiller là, faut pas se laisser manger » Viens, on fait attention l’un à l’autre, on se dit si ça fait mal, on redéfinit les limites. Parce qu’on ne veut pas se blesser, qu’on a quelque chose de précieux entre les mains : le coeur et la vulnérabilité de l’autre. Et ça, on n’y touche pas. On en prend soin, point.


Là, pour moi, c’était facile. J’étais face à quelqu’un qui ne domine pas, je n’étais ni puissante, ni faible. Lui non plus. Parfois, le rapport de force est évident, il est très fort d’un côté, très bas de l’autre. Et quand on est du côté bas, on dit rien, on se tait. On est guidé par la peur et l’espoir que l’autre finira par nous considérer. Au mieux, on remue un peu, on gesticule, mais l’autre est tellement haut que ça ne l’atteint pas. Nous, par contre, ça nous achève, ça nous enlève tout. L’amour propre, la sécurité, la confiance, l’estime de soi et évidement la dignité, ça on la jette aux loups.


Etre digne, ça n’est pas refuser de se laisser marcher dessus.

Etre digne, c’est se faire marcher dessus, prendre les coups, se laisser recouvrir de boue et garder au fond de soi la conviction absolue que, bien qu’abimée, je tiens debout, bien qu’à terre, je vis.


Bien qu’humiliée, je te vois, toi, pathétique et ridicule.


Tout à coup, je suis sur mes deux jambes, plus à genoux.

Encore petite, terrassée, empêchée… Mais de tout en bas, je regarde les puissants en apparence, et je pense « je sais que tu sais, que je suis plus grande que toi »


Puisqu’on n’aura pas la force, on aura la puissance. Et de cette nuance, jaillit tout.


Je l’oublie souvent, cette puissance-là.

Alors je me rappelle Adele qui se lève et quitte la salle. Ca, c’est mon alarme. C’est ce qui se rallume instinctivement chaque fois que je me sens démunie et attaquée. Je me rappelle qu’il suffit de quitter la pièce, cela suffit.


Cela veut dire « vous n’aurez pas ma dignité ».


Je pense à Christine Angot, Andrea Bescond, Virginie Despentes, Neige Sinno qui nous ouvrent la porte de leur plus pure intimité d’enfant et de femme, dans tout ce que cela implique de dégueulasse.


Je pense à Christiane Taubira, à Simone Veil qui ont été si humiliées et salies pour tout sauf leurs idées qu’elles en deviennent des femmes intouchables.


Et puis, il y a Gaël Faye et son petit pays, Nicolas Mathieu et leurs enfants après eux ou encore My Absolute Darling de Gabriel Tallent, Né d’aucune femme de Franck Bouysse ou encore, En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle qui nous démontrent que la dignité naît de la résilience.


A celles et ceux qui ne peuvent pas parler, qui n’ont aucun pouvoir, je vous souhaite de trouver votre Adele.


A celles et ceux qui se tordent et se contorsionnent, qui vivent dans la crainte et la douleur, il y au fond de vous quelque chose d’intouchable.

Aux humiliations qui ne rendent faibles et misérables que ceux qui nous les font subir.



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