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A toutes nos lenteurs et nos silences





Ça a commencé avec toi, Clémence, qu’on a recouverte de terre.

Toi qui avais mon âge et qui faisais ma taille. Et moi qui réalise qu’en fait c’est grand, 1m75 quand on doit en faire une boite et en creuser un trou. Je pense à ton petit garçon, plus grand que toi maintenant, car tu es allongée et lui debout, et que ca arrive pas souvent dans une vie, d’être plus grand que sa mère. 


Il y a eu Jean, tout plein de blessures qui ne m’appartiennent pas, qui m’a ouvert à l’amour, enfin, après des années de carence. Un amour dont je ne veux plus : sous conditions, sous contraintes, mesuré, dangereux, trop fort. Il y a eu Em, qui m’a rendu mon pouvoir et m’a donné ses faiblesses, qui m’a montré qu’on pouvait aimer sans douleurs et sans attente. Que cet amour pouvait changer sans qu’il soit mieux qu’avant ou moins bien. Il y a eu Martin qui en se refusant m’a offert quelque chose de bien plus précieux, la responsabilité de mes choix.


Et par-dessus tout ceux-là, il y a Hugo, celui qui les coiffe tous au poteau, qui parle pas depuis 30 ans et qui cette année m’a dit “j’ai rêvé qu’elle était pas morte, qu’elle était juste partie et qu’elle revenait”. Il m’a dit ça pendant qu’on conduisait, j’ai eu comme une secousse,, je me suis dit que c’était bien qu’on soit en train de conduire, j’avais pas à le regarder et lui non plus. Que dans ces cas-là, on espère que la route durera longtemps et qu’on aura juste à regarder par la fenêtre et laisser défiler.


Il y a eu Maud, qui n’avait plus de place dans ma vie trop remplie. Qui a laissé un trou par lequel entre à présent de nouveaux chants. Parce qu’il est des personnes que la distance n’abime pas mais révèle. Ce n’est pas une chaîne qui se brise, c’est un lien qui se déroule, comme une petite ficelle, qui s’allonge, qui éloigne chaque extrémité, assez pour qu’elles respirent, qu’elles retrouvent leur sécurité. Assez pour qu’on se rappelle que, loin l’une de l’autre, il y a toujours entre elles une corde solide faite de petits cheveux d’enfant, qui sentent le bois et le feu, et dans lesquels se prennent les grains de poussière. Je t’aime.


Et puis il y a eu Anna, l’ensorceleuse qui a tout calmé, qui a reposé les bases, qui a habité tout l’espace de ses mouvements et de ses peintures. Anna, qui a donné à mon cœur des couleurs qu’il n’avait pas et des vérités que j'étouffais.  

Il y a eu par trois fois, des voleurs. L’un qui m’a surprise, nue dans la nuit, qui m’a contrainte à être celle qui décide pour une fois, celle qui gueule, qui lui balance quelque chose au visage, celle qui ne se soumet pas. Un autre, qui a détruit ce que j’avais de plus cher, qui m’a coupé des derniers liens qui me restaient avec le passé. Qui m’a confronté à la nécessité de reconstruire, de mettre des barrières, de ne plus laisser entrer n’importe qui. Et le dernier, qui m’a volé ce que j’écris. Qui m'a dépouillée de mes mémoires. Qui m’a vue mendier pour pouvoir récupérer ma dignité. 


Il y a eu vous, les misérables, qui avaient frappé là où ça fait mal. Qui avaient touché à mes intouchables. Je sais que vous savez. Je vous regarde de haut et vous êtes si petits à présent. Je ne voulais pas vous accorder une ligne mais cela aurait été faire preuve de fierté et d'orgueil. Alors, dans l’espace de ce paragraphe, je vous déballe ma colère et ma rancoeur, c’est la seule place que vous prendrez désormais.


Il y a eu Paul, Jeanne et Cléo. Nouveaux ici, qui me rappellent, une fois de plus qu’absolument rien ne compte, si ce n’est tout le reste. 


Enfin il y a deux sœurs pour qui l’année à venir sera une bataille. A elles, je dis qu’on sera là, comme elles veulent qu’on soit là, si elles veulent qu’on soit là.


Il y aura des déferlantes, pour chacun. En attendant qu’elles viennent ou qu’elles passent, je nous souhaite de trouver l’ennui. Ce sera le signe qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

Que tout va bien, que le corps n’est pas en état d’alerte. Car cet état-là, on le retrouvera bien assez vite. Vous le saurez. C’est celui qui nous réveille le matin ou en pleine nuit, c’est celui qui nous fait courir, qui nous fait remplir car on va manquer. De temps, de sous, d’amour, d'expérience, de choses à faire… Je vous souhaite de tourner en rond, chez vous, dans la solitude et le silence. De voir ce que seul l’ennui nous permet de voir : l’infinie beauté des petits gestes. 


A tous ceux que je n’ai pas nommés, toutes les nouvelles rencontres et toutes les anciennes qui se consolident, je vous porte haut et j’espère vous apporter la lumière que vous m’apportez. Ici, je n’ai nommé que celles et ceux qui, cette année, ont fait voler mes certitudes : qu’il ne fallait pas toujours vivre vite et fort, que le silence et la lenteur donnaient place à l’essentiel, que le quotidien et la routine font plus de bien que la passion et l’extraordinaire, que je n’ai pas besoin de brûler pour me sentir vivante. 


A tous ceux que je nomme, je le fais car j’ai besoin de vous rendre unique.

Je vous nomme car je ne peux pas nommer les autres. Les milliers que je ne connais pas. Qui reposent en mer, qui dorment par terre, qui soignent leur blessés, ceux qui ne dorment plus, ceux qu’on ne croit pas, ceux qu’on n’écoute pas. Ceux pour qui l’ennui n'existe pas.


Je pense à eux, je pense à vous. Je pense à la chance que j’ai de m’ennuyer. 


A toutes nos lenteurs et nos silences. 






 

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